COMPTE RENDU DE LA MOBILISATION DU 2 AU 8 NOVEMBRE

Par Catherine, 18 novembre 2009, Réunions et comptes rendu

Une prometteuse semaine de mobilisation dans de nombreuses villes de France : (Châlon-sur Saône, Toulouse, Ambert, Saint Etienne, Marseille, etc) qui s'est soldée par un très beau week-end de conclusion qui a vu l’émergence de propositions collégiales pour des actions à venir.

Il aura fallu de nombreuses réunions, mises en place depuis le mois d'avril, où l'enjeu était de réunir toutes les personnes autour d'une même table, sur le thème de l'abolition des longues peines, des quartiers d'isolement et des quartiers disciplinaires en particulier, pour aboutir à une telle unité. Ce ne fut pas chose facile au regard des clivages « historiques » qui interfèrent habituellement dans les luttes (politiques et droit commun, idéologies diverses etc.) malgré les objectifs communs.

Autour de la table se sont réunis: Basques, Corses, la fédération anarchiste, l'Arppi (organisatrice), CNT, Envolée (co-organisateurs), NRV (collectif de travailleurs sociaux), Ras les murs (radio libertaire), Indigènes de la République, avocat(e)s, travailleurs sociaux et surtout des familles de prisonnier(e)s venues de plusieurs villes de France.

 La journée du samedi :

Arrivée au CICP vers 11 heures puis vers midi un super repas végétarien préparé par Han Lore, Charlotte nous a été servi. Une vingtaine de toiles ont été exposées pour l’occasion, prêtées par Florent Prudent peintre chalonnais qui s'est enfermé six jours durant pour les créer en soutien à la cause contre l’enfermement.

Vers 14 heures, déjà beaucoup de monde avec une affluence maximale (environ 250 personnes) pour la présentation du projet et la projection qui ont été suivis de façon très attentionnée. Ensuite, pour poursuivre cette journée, on se scinde en deux groupes dans le cadre d'ateliers, l'un autour de l'enfermement des mineurs animé par des éducateurs CNT, et l'autre sur la nécessité d'abolir les longues peines, l'isolement, les quartiers disciplinaires avec l'intervention de l’Envolée et de l’Arppi ainsi que celle des avocats sur les questions juridiques mais aussi des familles et des proches.

Débat d’autant plus intéressant que les points de vue viennent d’horizons divers et variés. Pas de volonté de prise de pouvoir de la part des uns ou des autres, au contraire, une belle unité dans le débat ce qui a pour incidence directe de mettre les familles à l’aise et de fait leur permet de faire preuve d'une incroyable facilité à s'exprimer et à proposer des choses. Nos débats ont été enregistrés, on pourra les diffuser par la suite dans le cadre de nos émissions, de nos journaux ou de réunions à venir pour en tirer la quintessence.

Il est à noter, tout particulièrement au cours de ces débats, l'émergence d'une volonté commune de donner une suite concrète à cette semaine de mobilisation et de rencontres croisées.

Ce n'est qu'un début, une prise de contact, une mise en bouche et il va falloir trouver les moyens pratiques pour continuer ensemble, dans le même esprit, ce qui a été initié : à savoir mettre en route nos spécificités, nos divergences, nos compétences dans le cadre d'un objectif commun pour refuser l'institution carcérale et judiciaire. Cela sans le poser comme un slogan qui tournerait en boucle mais comme un ancrage qui deviendrait notre marque de fabrique. Il ne faut pas que notre débat soit confondu avec celui sur les conditions de détention qui ne fait qu'alimenter l'agrandissement du parc immobilier pénitencier sur le mode humaniste. C'est un faux problème même si c'est une réalité. Celle ci appartient aux prisonnier(e)s, qui sont les seul(e)s à même de dénoncer le contexte. Un super couscous préparé par Sakina qui s'était engagée à le faire lors des dernières réunions aidée d'Iris, a été servi par Charlotte et Hanlore jusque tard dans la soirée, quant à Nico (CNT) il a organisé de façon magistrale la partie concert avec différents groupes dont la K. Bine, The Angry Cats et Blakara. Environ 350 à 400 personnes réunies le soir sur les tempos de la fête.

Tables de presses et discussions informelles. L'argent récolté a permis de régler la location de la salle, rembourser les achats pour les repas et les boissons quant aux bénéfices ils ont été reversé à l'Arppi.

La journée du dimanche :

Nous avions rendez vous à 11heures pour faire un débriefing et pour poser les bases de perspectives futures : une trentaine de personnes étaient présentes sans compter les journalistes et autres réalisateurs qui filmaient. Nous avons échangé nos adresses, nos émissions de radio, nos parutions tout ce qui crée du lien. Nous décidons de créer également une liste de diffusion pour savoir ce qui se passe ailleurs en attendant l’ouverture d’un nouveau site partagé par tous les participants. Nous proposons un rendez vous commun pour le samedi 9 janvier prochain, à confirmer bien sur, afin de parler des actions à mener. Toujours cette ambiance aussi chaleureuse que prometteuse, les personnes présentes sont contentes de se retrouver et de programmer des choses à faire ensemble, comme si tout le monde avait conscience d’un seul coup que seuls nous ne valons pas grand chose.

Bien que plus discrètes, d’autres actions parisiennes ont eu lieu durant cette semaine : tags et serrures bloquées, dénonciations écrites sur les immeubles de la Gepsa, d’Eiffage, et de Vinci, trois entreprises florissantes du marché de la punition, qui construisent les nouvelles prisons.

Départ pour la manif. Le camion d’une copine est fouillé 7fois par la police et le bus où se trouve une autre amie est détourné.

A peine arrivés sur place, nous devons batailler pour que les robots cops postés sur les marches de l’opéra Bastille décampent et qu’ils cessent de contrôler les premiers arrivants sur les lieux. Une meute compacte de journalistes posent et reposent les mêmes questions dont aucune n’apparaît dans la « grande presse ». Juste quelques images pas trop mal sur Bfm et sur M6.

Très bon concert avec la Fraction avant de débuter la marche et émouvantes interventions des familles au micro, sur le camion plateau, dont la parole n’a été relayé par aucun journaliste. Comme si elles n’existaient pas, comme si elles étaient mortes avec leur proche décédé en prison.

Le journal le Monde avait donné le ton avec un article de politique fiction dans lequel deux journalistes félons, rencontrées à plusieurs reprises, avaient parlé de la manifestation sous un gros titre racoleur : « l’archipel des autonomes » à l’imparfait. Je rappelle ici qu’elles s’étaient engagées à participer à la manifestation et à sortir l’article ensuite. Quant à Charlie hebdo il avait annoncé casse et affrontements à tous les étages émanant de l’association de l’agence des renseignements « généreux ». On peut aisément se rendre compte du peu d’enthousiasme que suscitent chez ceux qui enferment à tour de bras, les réunions de personnes autour de la problématique carcérale.

Un dispositif policier impressionnant et parfois provocateur qui ne nous a pas empêchés de mener notre marche jusqu’à son terme ni de faire un arrêt, que la police n’avait pas envisagé, devant l’hôpital de la Pitié- Salpetrière, théâtre d’une nouvelle unité « carcérale- hospitalière » de rétention pour les dissidents de tout poil.




Les enjeux d’une telle mobilisation sont de permettre à tous les groupuscules de se réunir sans qu’aucun ne se départisse des spécificités qui lui sont propres. Tel est le projet. Mixer sans brouiller : créer une véritable force de frappe, un réel contre poids. En face, l’Etat a peur qu’on parle de ses lieux d’enfermement, surtout lorsque ce sont les concernés eux-mêmes qui le font et non plus les théoriciens de la question. Et voir un maximum de personnes confronter et unir leur savoir, leurs compétences, leurs énergies n’est pas pour le rassurer. En revanche, cela à toutes les chances de secouer l’aphasie intra muros. (Qui a tout à voir avec celle du monde « libre »). Car, il faut cesser de se raconter des histoires, il n’y a pas eu assez d’initiatives venues de l’intérieur, et c’est vers cela qu’il faut tendre et travailler.

Il faut continuer à rencontrer familles et proches de prisonniers pour les rassembler, pour qu’elles prennent conscience qu’il n’y a pas de honte à avoir un fils, une s?ur ou un frère en prison, que c’est cette société qui devrait avoir honte de dévorer ses enfants. Une société qui enferme dans des tombeaux, dont ils connaissent le moindre recoin, des hommes et des femmes pour des peines à la longueur infinie qui les font pourrir vivants sans rien leur proposer d’autre qu'une perfusion d’oubli.

Il nous faut faire connaître sans répit les émissions de radio que nous animons ainsi que celles des copains, parler des journaux dans lesquels nous écrivons, faire des débats, des projections, des interventions partout en France pour être de plus en plus visibles et faire la liaison entre tous nos petits réseaux sans tomber dans le piège du partenariat social. En un mot occuper le terrain.

Ce terrain est libre, à nous de le défricher car il n’y a aucun organisme humaniste à même de nous en empêcher, tant ils sont éloignés de ce qu’est la prison, avec leurs propositions de pyjamas en papier ou de murs transparents pour pallier l'enfermement, contrairement aux centrales syndicales dans le monde du travail.

La liste de diffusion à laquelle il faut s’inscrire : fraterniteaperpete@yahoogroupes.fr

Redire à tout le monde d’envoyer les adresses, les contacts, les horaires d’émissions, les parutions…

'' A nous de jouer la balle est dans notre camp...''

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