Larges extraits sur procès de Nino, Christophe et Hocine, le premier février 2010, TGI de Paris
Par Catherine, 10 février 2010, Personnes détenues
Antonio a toujours nié avoir détenu ces explosifs. A l’époque, il venait d’être incarcéré après quatre ans de cavale et se retrouvait au quartier d'isolement, sans aucune visite autre que celles de ses avocats, et sans croiser personne ni en promenade ni en extraction si ce n’est les surveillants.
Au président du TGI qui lui pose des questions, il dit "J’ai été extrait le 4 septembre de la cellule de la Santé pour me retrouver à Fresnes. Le jour suivant, j’apprends à la télé qu’on avait retrouvé des explosifs dans cette cellule. Avant même que l’on m’interroge, j’étais déjà coupable. Il n’y a aucune preuve concrète dans cette affaire, et de fait, je ne suis pour rien dans cette trouvaille. C’est un renseignement anonyme qui parvient à la BRB qui provoque la première et la deuxième fouille; il aurait fallu que je sois présent lors de ces fouilles parce que là , je ne me sens pas concerné, on m’aurait dit qu’on avait découvert une chèvre dans la cellule, cela aurait été pareil."
Le président lui fait remarquer que l’explosif trouvé est le même que celui trouvé lors des attaques de fourgon comme à Gentilly (oubliant au passé qu'Antonio a été acquitté pour ces faits en appel!!), à savoir du P.E.P 500 (le plastic le plus répandu sur la place de Paris comme le lui rappelle Nino…). Antonio: "D’après le Code de procédure pénale, lorsqu’on appose des scellés sur quelque chose qui a été trouvé dans un lieu privé, l’inculpé doit être présent lors de la fouille, ce qui n’a pas été les cas. Mais vous connaissez la loi mieux que personne, Monsieur le président".
Comme celui-ci lui rappelle que les journaux trouvés autour du P.E.P500 qui dataient du mois d’août prouvaient que c’était bien lui qui avait manipulé et caché l’explosif: "Effectivement j’avais des journaux dans ma cellule: entre prisonniers du QI, avec l’accord des surveillants on se passe des journaux. La seule chose qui reste à élucider c'est la présence de ces journaux, pour moi ils étaient probablement dans la cellule mais pas autour de l’explosif: vous croyez la police, pas moi. Je ne suis même pas sûr que l’explosif existe"
Hocine, l’ami de Christophe a reconnu avoir donné au parloir du ruban adhésif à Christophe sur sa demande, pour qu’il puisse accrocher des photos de sa fille aux murs de la cellule. "Pour moi, c’était juste lui donner des choses qui pouvaient améliorer le quotidien. D’ailleurs quand il m’a demandé d’appeler la famille d'Antonio, j’ai refusé, il y avait trop de publicité autour d’eux.. Je n’ai d’ailleurs jamais pensé que le scotch pouvait servir à autre chose. Christophe est un ami de longue date, et ami est un mot trop faible, aujourd’hui on ne peut plus se voir à cause d’un rouleau de scotch… J’avais demandé au juge d’instruction à être confronté à l’auteur du coup de fil anonyme car lui surtout semblait être au courant de beaucoup de choses. Cela n’a jamais eu lieu: les inspecteurs de la BRB m’avaient prévenu: "on va te faire payer ton amitié avec Khider"
Christophe dit au président, avant même de répondre à ses questions "Si Hocine a été incarcéré, c’est 100% de ma faute, lorsque je l’ai appris j’ai tout fait pour le sortir de là car il ne savait pas ce qu’il faisait, je ne lui avais rien dit quant à l’usage du scotch. D’autre part j’avais occupé cette fameuse cellule Nー 8 avant Nino, et il allait payer pour quelque chose qu’il n’avait pas fait. Quand les inspecteurs de la BRB sont venus m’interroger à la Santé, on m’a fait croire que c’était un parloir avocat, en les voyant j’ai fait demi-tour; ils m’ont interpellé en me disant que mon pote Hocine était mal barré et qu’il suffisait d’enfoncer Antonio pour dégager Hocine. Il fallait que je vois un juge d’instruction et non pas les flics, alors j’ai eu l’idée de les accrocher en leur disant que je voulais voir la juge. Mais cette femme, Mme Saunnois ne voulait entendre que le nom de Nino, le reste ne l’intéressait pas. Elle a même refusé de faire rechercher la date où je me trouvais dans cette cellule, m’affirmant qu’elle était du côté de l’AP ce à quoi je lui répondais que je pensais qu’elle était du côté de la justice… J’ai quitté son bureau avant la fin de l’entrevue en refusant de signer quoi que ce soit tant elle voulait me faire dire que c’était Nino qui avait tout préparé. Après cette entrevue je lui ai envoyé un courrier détaillé pour qu’elle ne puisse pas dire que je n’avais pas avoué que c’est moi qui avait fait rentrer les explosifs dans la cellule, ainsi que le scotch."
L’histoire était simple, mais ni les flics ni l’instruction n’avait eu ce qu’ils attendaient à l’époque: une accusation contre Antonio Ferrara. Et la procureur aussi restait sur sa faim, elle a repris l’argumentaire de la BRB, elle a chargé Antonio pour l’inculpation, elle s’est même permis de traiter Christophe et Antonio de "lâches" parce qu’ils continuaient à mentir et qu'ils n'assumaient pas la prison et taxé les propos de Christophe, réfléchis et posés de "bagout à deux balles".
Regrettant de ne pas pouvoir requérir des peines plus lourdes elle demandé le maximum pour Antonio et pour Christophe (respectivement cinq et trois ans) et quatre mois avec sursis pour Hocine.
Les plaidoiries
(On passe celle de Cohen Saban pour Hocine)
Delphine Boesel a rappelé pour Christophe qu’il avait avoué et elle n’y voyait aucune lâcheté, bien au contraire. "Christophe n’est pas un preux chevalier qui viendrait sur son destrier blanc se sacrifier mais il assume ce qu’il fait." Puis elle a invectivé cette "justice" qui envoie des hommes et des femmes dans des mouroirs où l’avenir n’a plus de sens. "Prenez une décision courageuse : rajouter trois ans à une peine déjà infinie, à tant d’années de prison, ça n’a aucun sens."
Les deux avocats d'Antonio Ferrara avaient pour tâche de le dégager de ce montage policier et judiciaire.
Me Bouaou a rappelé la présomption d’innocence, surtout quand Nino affirme que "ces explosifs devaient être là avant moi puisque je ne les y ai pas mis". Il a rappelé l’article 24-1 du CPP qui stipule que lors d’une perquisition, l’intéressé doit être présent. "Mais quand la justice a déjà pris sa décision, elle ne s’embarrasse pas de tout ça…". Il a démontré comment tout était faux dans cette instruction: le procès verbal qui sert d’acte d’accusation ne vaut rien car il a été rédigé par un fonctionnaire de la BRB, le plombier-démineur qui a effectué la fouille aurait dû prêter serment (art.60 du CPPP), il n’en a rien été, certainement parce que les maisons d’arrêt échappent à toutes les réglementations. Il a aussi rappelé que le démineur dans ses déclarations avait dit: "je ne me souviens pas de feuilles de journal, si elles y étaient je les auraient forcément touchées": oui, mais les propos du plombier étaient effacés par les affirmations des policiers "la matière explosive a été découverte dans du papier journal". Le seul élément qui pouvait accuser Antonio étant cette date du journal, il fallait absolument qu’il ait servi à empaqueter l’explosif!!!
Me Moroni le second avocat d'Antonio a d’ailleurs insisté sur les déclarations du plombier (essentielles puisque c’est lui qui a trouvé le plastic): le plombier avait affirmé lors d’une audition en 2006 "le premier surveillant m’a laissé seul dans la cellule, contrairement à ce que prévoit le règlement". Mais encore une fois les propos du principal témoin étaient effacés par les affirmations de l’AP: le surveillant chef prétendait au contraire que "le 5 septembre une fouille complète était effectuée et que lors de cette fouille 54 fonctionnaires dont des gradés étaient présents dans la cellule"!!
Avant la clôture des "débats", Hocine a rappelé qu’il n’avait fait preuve que d’humanité en répondant à la demande de Christophe telle qu’elle lui avait été formulée, Christophe a remis la procureure à sa place en lui disant qu’elle avait attendu son réquisitoire pour les insulter, sachant très bien qu’ils ne pouvaient plus lui répondre, a rappelé qu’il n’y avait eu aucune instruction sinon l’accusation de la BRB paraphée par la juge d’instruction et que Hocine n’était pour rien dans tout ça.
Quant à Antonio il leur a répété que tout ça n’avait aucun sens.
Verdict: 4 ans et demi pour Nino, trois ans pour Christophe, et six mois avec sursis pour Hocine… dans la droite ligne de l’instruction. Nino et Christophe devraient faire appel.



Commentaires
1. Le dimanche 21 février 2010 à 12:06, par Entreprendre en Prison
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